DONNER FINALIST EXCERPT

L’intégration des services en santé pose une question incontournable : comment réussir une intégration des systèmes de santé et des services sociaux qui soit véritablement au service de la population?

L'idée au cœur de l’intégration est que la santé et le bien-être sont l'affaire de tous—pas seulement des soignants—et que cette préoccupation commune doit se déployer tout au long de la vie, dans tous les milieux et dans toutes les activités humaines. Ce livre réunit de précieuses informations, à la fine pointe des modèles conceptuels internationaux, et aidera les intéressés à passer d’un mode d'organisation traditionnel fondé sur les besoins des systèmes à une approche soucieuse d'aménager les services en fonction des besoins réels de la population.

Lucie Bonin, Yves Couturier, and Louise Belzile, the authors of the book L'intégration des services en santé: une approche populationnelle, published by Paramètres. Photographs courtesy of Paramètres

PUBLISHED : Monday, May 15, 2017 12:00 AM

L’intégration des services en santé: une approach populationnelle, by Yves Couturier, Lucie Bonin and Louise Belzile, is a finalist for this year’s $50,000 Donner Prize, one of the year’s best public policy books. The prize is open to both English and French language books and L’intégration des services en santé was the only French one to be nominated. The winner will be announced on May 15 in Toronto. The following is an excerpt from the book, reprinted with permission from Paramètres.

Partout dans les pays avancés, les systèmes de santé et de services sociaux cherchent des solutions novatrices afin de mieux répondre aux besoins de leur population. Le présent ouvrage explore une piste particulièrement prometteuse, mais exigeante, celle de l’intégration des services. Nous verrons que ce mode de conception et d’organisation des services offre une façon concrète d’effectuer un changement paradigmatique majeur, soit le passage d’un mode d’organisation des services traditionnellement fondé sur les besoins des systèmes à une approche populationnelle par laquelle ce sont les besoins de la population qui structurent l’organisation des services, et non le contraire.

L’intégration des services propose déjà depuis quelques décennies d’aug- menter la cohérence de l’organisation des services pour les clientèles présentant des problèmes de santé et sociaux complexes, comme c’est le cas pour certaines personnes connaissant une perte d’autonomie fonctionnelle1 en raison de maladies chroniques ou de déficiences d’origines diverses. Pour ces situations cliniques, il est reconnu que l’intégration des services porte des effets positifs en matière de performance des systèmes, de satisfaction des besoins des usagers et de qualité des soins qui leur sont prodigués, et ce, tout particulièrement pour les clientèles les moins bien desservies par le mode classique d’organisation des services, comme les personnes marginalisées en raison de leur statut socioéconomique, par exemple (Øvretveit, 2011).

Cette solution participe d’une intervention publique destinée à l’ensemble de la population, et non pas seulement aux personnes aînées en perte d’autonomie fonctionnelle—pour qui plusieurs travaux ont été faits à ce propos. Elle s’adresse à toute personne—quel que soit son état de santé, son niveau d’autonomie fonctionnelle, ses habitudes et conditions de vie —, et contribue au développement de la santé et du bien-être de chacun pour ainsi éviter, autant que faire se peut, l’émergence d’un problème social ou de santé. Cette piste de solution s’appuie sur une idée simple, mais puissante, à savoir que la manière dont sont organisés les services constitue l’un des déterminants de la santé2 sur lesquels il est possible d’agir pour accroître l’efficience des services, l’expérience de soin et, ce faisant, la santé et le bien-être des usagers et de la population. Un système de santé et de services sociaux plus cohérent sera plus efficace sur les plans budgétaire et fonctionnel, et donc, in fine, sur le plan clinique, soit le plan le plus important de tous.

  

Cette façon de concevoir les services découle de travaux issus d’un croi- sement de domaines de recherche, liant l’organisation des services, la recherche clinique et la santé publique. Le lecteur observera que ce que nous proposons ici navigue entre un rappel de principes provenant de ces trois domaines et repris par les grandes organisations internationales en santé, de savoirs probants, d’observations tirées de la recherche, de l’expérience clinique, et d’une analyse des conditions réelles de leur mise en œuvre concrète. Ainsi, nous discuterons en même temps de ce qui a été, de ce qui advient et de ce qui devrait selon nous advenir à long terme. Parfois, nous indiquerons ce que nous pensons nécessaire de faire alors même que certaines décisions politiques vont dans un autre sens. Cela montre bien que le chercheur n’est pas un décideur, et que la réalité ne peut jamais être contenue dans un livre, aussi bon soit-il.

De plus, le projet de réaliser l’intégration des services dans un continuum cohérent allant de la promotion de la santé à la prévention, en passant par le service curatif ou de réadaptation, et ce, suivant une perspective populationnelle, n’est jamais accompli. Il s’agit en effet d’un mouvement continu, sans véritable point d’arrivée.

La thèse de ce livre sera développée à partir de l’expérience québécoise, non pas en ce qu’elle serait meilleure que d’autres, mais bien parce que c’est celle que nous connaissons. D’autres chemins sont possibles, d’autres choix sont faits ici ou là, chaque système de santé et de services sociaux devant formuler ses propres compromis, raisonnables dans son contexte. Ce qui importe ici n’est pas tant le choix entre tel ou tel outil, entre telle ou telle forme de coordination, etc. Le livre ne vise pas la promotion de modalités particulières. Nous nous intéressons plutôt à l’élucidation des principes qui sous-tendent la conception de ces outils, aux mécanismes et aux pratiques, de façon à nourrir la réflexion puis l’action de ceux qui décident, de ceux qui gèrent et de ceux qui interviennent dans les systèmes de santé et de services sociaux. Ce sera à eux d’arbitrer les éventuels écarts entre ce qu’il est souhaitable et possible de faire dans leur contexte.

Ce défi du passage des principes, a priori positifs, à une pratique fonctionnelle durablement implantée est fort difficile, mais il doit être relevé au bénéfice de tous, y compris des aînés, pour leur vieillissement en bonne santé.